Adjaratou Yerima : Réinventer la place des femmes dans les arts de la scène au Togo

Comédienne, danseuse, performeuse et directrice du centre culturel FIÔHOMÉ, Adjaratou Yerima est une figure engagée des arts du spectacle en Afrique de l’Ouest. À la tête du programme-école « Parcours de femmes », elle se bat au quotidien pour professionnaliser les artistes féminines et déconstruire les stéréotypes de genre qui entravent la création contemporaine.

Rencontre avec une artiste passionnée qui fait bouger les lignes.

Briser les barrières du théâtre au féminin

Face à la rareté des comédiennes professionnelles sur les plateaux de théâtre togolais, le constat d’Adjaratou Yerima est sans appel : les femmes font face à un manque criant de cadres de formation adaptés, à des préjugés tenaces de leurs parents et de la société et à des contraintes financières majeures. Beaucoup abandonnent l’idée d’embrasser une carrière artistique par manque de soutien.

« « Parcours de femmes » a été mis en place pour offrir un cadre sécurisant et stimulant aux artistes désireuses de renforcer leurs compétences dans le spectacle vivant. » — Adjaratou Yerima

L’ambition du programme ne se limite pas à la technique : il s’agit de former des comédiennes d’excellence, outillées, engagées et capables de déconstruire les idées reçues en de donner la véritable place à la femme artiste. L’objectif ultime est d’offrir à la nouvelle génération des modèles féminins inspirants et audacieux.

Parcours de femmes offre un cursus immersif en 3 cycles

Le programme repose sur une pédagogie structurée et progressive. À chaque promotion, 10 profils sont sélectionnés sur appel à candidatures pour suivre un parcours étalé sur trois ans :

  1. Cycle 1 – Les fondations théoriques et pratiques : Une immersion complète dans les disciplines des arts de la scène. Ce cycle se clôture par une restitution sur scène (Le Fil), des rencontres professionnelles, un spectacle de fin d’année et la délivrance d’une attestation.
  2. Cycle 2 – L’immersion sur le terrain : Des stages professionnels au sein de compagnies et d’écoles d’art dramatique partenaires au niveau national et international.
  3. Cycle 3 – L’insertion et l’autonomie : Un accompagnement axé sur l’entrepreneuriat artistique, la création de troupes théâtrales et le développement d’activités génératrices de revenus.

Parcours de femmes : pour une équité de genre et une mixité bienveillante

Bien que le programme mette l’accent sur l’émancipation des femmes, il ne se ferme pas aux hommes. Sur les 10 places de chaque promotion, une candidature masculine est retenue.

Ce choix répond à une double logique :

  • Garantir l’accès à la formation : Les espaces d’apprentissage structurés restent rares pour tous les comédiens, hommes comme femmes.
  • Faire évoluer les mentalités : En immergeant un comédien au cœur de cet environnement, le programme favorise une prise de conscience et un changement de regard direct sur les réalités féminines.

De plus, l’équipe pédagogique reflète une stricte équité : le corps professoral est composé d’autant de formatrices que de formateurs.

Des résultats concrets et un rayonnement régional

Aujourd’hui à sa 3ᵉ promotion, le programme affiche un bilan prometteur :

  • 12 comédien·ne·s formé·e·s et intégré·e·s sur le marché professionnel.

    Parcours de femmes
  • 7 stages internationaux concrétisés au Burkina Faso, au Bénin et sur des projets européens.
  • Des poursuites d’études prestigieuses : Un profil prépare une licence professionnelle à l’École Internationale de Théâtre du Bénin (EITB), tandis qu’un autre s’apprête à faire son entrée dans une école de cirque et de théâtre.
  • 3 spectacles professionnels créés et une troupe théâtrale permanente mise en place.
  • Le festival « Marché des oiseaux » : Un événement international dédié à la création artistique au féminin.

Un appel au soutien institutionnel et financier

Malgré ces succès, le programme se heurte à des limites budgétaires. Face à l’afflux de candidatures venues de toute l’Afrique, l’équipe reste contrainte de restreindre l’accès aux seules résidentes du Togo.

Travaillant principalement sur fonds propres avec l’appui technique et artistique de formateurs et d’institutions partenaires, le centre FIÔHOMÉ lance un appel aux partenaires institutionnels et financiers pour pérenniser et étendre cette initiative cruciale pour l’avenir des arts africains.

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