Pourquoi Féfé, Rencontre Internationale des Arts Populaires, se tient-il du 26 au 28 août à Badja ?

Au sud du Togo, l’expression en éwé, guin et mina «Fefe, míle wɔ, wolé wɔ fefe » désigne globalement les arts du spectacle (théâtre, musique, danse, contes…). À l’époque, les formes artistiques courantes telles que la Kantata devant les églises, le concert-party dans les bars et les maisons, la musique ou la danse n’incitaient pas la population à payer un billet : le public assistait librement aux événements et gratifiait les artistes en leur collant des billets sur le front sous le coup de l’admiration. Le conte, quant à lui, se déroulait exclusivement dans le cercle familial, partagé par les parents et les grands-parents.

La perception de ces disciplines peine encore à évoluer. Récemment, un directeur de cabinet s’étonnait auprès d’un artiste : « Ah bon ? On t’a juste acheté un billet d’avion pour aller conter ? Moi aussi, je sais conter. On peut aussi m’acheter un billet pour aller en France ou en Belgique ? » De même, à l’Université de Lomé, au moment de rémunérer des artistes professionnels dispensant des cours d’art, l’administration exigeait de vérifier leurs diplômes et leur curriculum vitae, jugeant presque suspect d’enseigner le théâtre ou l’art dans un cadre universitaire.

Cet héritage socioculturel a naturellement incité les parents à détourner leurs enfants des carrières artistiques, estimant qu’elles ne permettraient pas de faire vivre une famille, contrairement aux professions jugées rentables (médecin, enseignant, banquier, fonctionnaire…). Cela explique aussi pourquoi les gouvernants hésitent encore aujourd’hui à investir dans le secteur ou à bâtir des infrastructures culturelles. Dès lors, le financement des arts reste largement tributaire de la coopération internationale, tandis que les rares aides publiques récentes souffrent d’un manque de vision et d’orientation stratégique.

Face à cet état des lieux, comment faire comprendre aux populations — surtout à l’intérieur du pays — que le monde a évolué et qu’embrasser les arts du spectacle exige une formation et constitue un véritable métier ? Comment faire le distinguo entre une pratique traditionnelle, amateure et un travail professionnel ? Comment susciter de nouvelles vocations ?

C’est précisément la mission que s’est assignée Féfé, Rencontre Internationale des Arts Populaires : faire découvrir les danses traditionnelles, valoriser le patrimoine local et le croiser avec la création contemporaine.

Féfé, Rencontre Internationale des Arts Populaires, du 26 au 28 août 2026 à Badja

Pour cette première édition, l’équipe du Festival — composée de Gaëtan Noussouglo, docteur en Théâtre et Arts de la scène et directeur de Togo Cultures ; Marcel Djondo, directeur artistique de la Compagnie française Gakokoé ; Emmanuel Agbléta (dit Gbadamassi), spécialiste en concert-party et doctorant ; Fati Fousséni, spécialiste des contes du terroir, et d’autres anonymes — greffe la rencontre sur Avẽza, fête de la préfecture de l’Avé.

Cette préfecture, située au nord-ouest de Lomé, compte neuf cantons : Aképé, Noépé, Badja, Kévé, Assahoun, Tovégan, Zolo, Edji et Ando. Si le grand canton de l’Avé reste Assahoun (lieu d’implantation de l’ancien célèbre Festival de Théâtre de la Fraternité, FESTHEF) et que le chef-lieu de la préfecture est Kévé, Féfé a préféré démarrer par Badja, le fief des Assafo, ou « hommes bleus ».

En effet, le chef du canton, Tɔgbui Avogan Akoutsa VII, est conscient que les arts peuvent non seulement donner de la visibilité à son canton, mais aussi transformer le visage de sa chefferie. Il a frappé un grand coup en octroyant un terrain à Tokpé, Centre des Étoiles, dont la première activité est le Féfé. C’est un centre qui sera un pôle d’excellence pour les arts et la culture. Il est porté par Togo Cultures, Gbadass Concert-band (Togo) et la Compagnie Gakokoé (France).

La première édition de Féfé privilégie d’abord les artistes de la localité : Emmanuel Agbléta, alias Gbadamassi, qui ressuscite le concert-party, est originaire de Tsiviépé et a d’abord commencé son travail artistique par la Kantata. Nous avons d’ailleurs fait appel à la fameuse Kantata de Tsiviépé. Edah Awanu nous rejoint pour le conte ; il a fait ses armes dans le groupe Awlawui d’Apéyémé-Assahoun. Nous compterons dans les années à venir sur le grand Auguste Dogbo, qui a créé la célèbre chorale «Mawu ƒe Ŋusẽ» (la puissance de Dieu) et qui fait aussi de la cantata.

Le doyen des artistes conteurs et comédiens, Béno Kokou Sanvee, avec son mythique groupe Ziticomania, accompagnera la programmation de cette édition. Fati Fousséni nous emportera dans les contes du Pays des Batammariba. Roger Atakpo et sa kora nous enverront dans l’univers du fromager. La musique sera assurée par Baaba Eustache Kamouna accompagné par les percussionnistes Esther Séfako et Efoé Gbétéglo. La population de la préfecture débutera par le Ɖekɔnu (tradition) et les danses traditionnelles, et conclura la rencontre avec des artistes de la chanson de l’Avé.

FEFE 2026 programme

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