Laura Nouhova Kpegli était une artiste et entrepreneure numérique engagée

Le monde des arts, de la culture et du numérique est en deuil. Laura Nouhova Kpegli, artiste, communicante et entrepreneure numérique franco-togolaise, est décédée le 19 avril 2026 à Saint-Cloud, en France, à 39 ans. Sa disparition subite suscite une vive émotion au Togo comme dans plusieurs pays du monde où son engagement pour la culture et l’innovation a marqué de nombreux artistes et entrepreneurs.

Née le 30 juin 1986 à Paris, en France, d’un père togolais et d’une mère française, Laura Nouhova Kpegli (1986-2026) incarnait une passerelle plurielle entre l’Europe et l’Afrique, entre l’art et le numérique, entre créativité et impact social, entre le monde urbain et rural.

Très créative et passionnée d’art

Au terme d’une formation aux arts de la scène à Paris, notamment au Cours Simon et au Conservatoire régional du Val Maubuée, elle décroche un master en arts et techniques de la scène à l’Université Paris 8. Elle réussit ensuite à convertir sa formation académique en une démarche artistique appuyée sur sa passion pour l’art et l’innovation, en Europe, en Afrique et ailleurs. Aussi a-t-elle été comédienne et metteuse en scène en théâtre, mais également créatrice de contenus et médiatrice culturelle.

Selon une page dédiée à Laura Kpegli sur Wikipedia, cette passionnée d’art a fondé plusieurs compagnies théâtrales, parmi lesquelles « Les Contes de Gilbert » et « Les Fugaces ». En 2004, elle a mis en scène « Les Monologues du vagin » d’Eve Ensler, une œuvre saluée par le prix du public au Festival de théâtre de Montigny-le-Bretonneux en 2005. Elle a participé aussi à plusieurs productions audiovisuelles, dont le film « Donoma », récompensé par le Prix Louis-Delluc du premier film en 2011.

Amoureuse du numérique et de l’innovation

Laura Kpegli ne limitait pas son engagement au monde artistique. Passionnée par les nouvelles technologies, elle s’impose progressivement comme une figure du numérique et de l’innovation culturelle au Togo, en Afrique. Experte en communication et en stratégie digitale, elle était déjà pionnière dans l’usage de l’intelligence artificielle appliquée à la création de contenus.

En 2022, avec Yawovi David Senyo, elle cofonde la plateforme digitale « artyBe », dédiée à la mise en relation entre professionnels et publics dans les domaines culturels, sportifs et autres loisirs, tout comme en milieux urbains et ruraux. Plusieurs dizaines d’artistes et promoteurs de loisirs ont accueilli chez eux, à plusieurs reprises, Laura Kpegli et David Senyo, pour la présentation du projet, l’originalité du concept et ses avantages.

Lancée officiellement le 6 avril 2024 à Lomé, la plateforme proposait déjà avant son lancement de nombreuses activités artistiques et de loisirs à l’initiative des artistes et autres entrepreneurs : ateliers artistiques, projections de films, balades sur le Lac Togo ou encore des activités sportives accessibles à différents budgets.

Promotrice des industries créatives

À travers ce projet, Laura Kpegli ambitionnait de favoriser la monétisation des savoir-faire locaux et de créer des ponts entre industries culturelles, sportives et numériques en Afrique.

Au-delà du Togo, le projet « artyBe » a rapidement été distingué à l’international. En 2021, cette start-up figure parmi les dix meilleures jeunes entreprises africaines en intelligence artificielle au World Africa Startup Summit. En 2022, elle est classée parmi les cinq meilleurs outils numériques aux Togo Digital Awards, avant d’être sacrée meilleure start-up nationale par l’UEMOA en 2025.

Parallèlement à ses activités entrepreneuriales, Laura Nouhova Kpegli occupait le poste de responsable de la communication et des relations presse à l’Institut français du Togo.

Révélatrice de talents

Au-delà de son parcours professionnel, nombreux sont ceux qui retiennent sa dimension humaine et identitaire : notamment sa générosité, sa sensibilité et son profond attachement au Togo. Son prénom « Nouhova », qui signifie « chose innée » ou « don reçu à la naissance » en guingbe et en ewe, semblait résumer sa personnalité : celle d’une femme convaincue que chaque être humain porte en lui un talent à révéler.

« On constate une recrudescence de demande d’activités à “petits prix” cet été (…) N’hésitez pas à nous informer de vos nouvelles activités », annonçait Laura sur une plateforme numérique dédié aux Coaches artyBe.

« J’ai eu le bonheur de rencontrer Nouhova lors d’un masterclass intitulé “Collectage et récits de vie” à Gabité, Maison de l’Oralité, à Lomé, en août 2021. Nous avons ensuite échangé à plusieurs reprises sur l’art, la critique cinématographique et la transmission », témoigne Kodjo Ognandou Ayetan, critique d’arts.

Une « si belle âme »

A l’annonce de son décès, plusieurs commentaires sur les réseaux sociaux saluent « une si belle âme ». La productrice Sitou Ayité évoque, quant à elle, « une présence vraie » : « Sur le plateau de ma série [film], Laura se laissait diriger avec simplicité, acceptait les reprises avec sourire. »

De son côté, l’artiste plasticien Koko Confiteor Dossou ne peut retenir son émotion et des rêves brisés : « Ma dernière discussion avec elle date d’un mois [avant son décès]. Nous parlions encore de projets en perspective… »

Laura Nouhova Kpegli laisse derrière elle l’image d’une femme créative et visionnaire, profondément humaine, dont l’imagination fertile et l’altruisme auront marqué les univers de la culture, de la communication et du numérique. Sa disparition représente une immense perte pour le Togo, pour la scène artistique africaine et pour tous ceux qui croyaient, comme elle, au pouvoir de la créativité au service du développement.

Charles Ayetan

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