Le 15 février 2026, l’Espace culturel Gododo a accueilli la représentation de la pièce de théâtre « Les Habits neufs de Francesco » du dramaturge et metteur en scène Samuel Akpéné Wilsi. La mise en scène a été assurée par Adjaratou Yérima, la scénographie par Godwin Sonabey et l’éclairage par Petit Daniel Duevi-Tsibiaku. L’animation musicale a été faite par Kodjo Klu. Quant au jeu, Guy Koff Hounou et Manavi Happy Sossou en ont été les merveilleux interprètes.
L’intrigue est simple: La dame Marina se rend chez le couturier Francesco – qui refuse qu’on l’appelle tailleur – pour qu’il lui couse une robe de combat ou d’amazone pour aller affronter au tribunal un homme qui aurait spolié leur maison familiale construite par son feu père, un maçon, et qui en était locataire jusqu’au jour où il en fut chassé pour accumulation d’arriérés de loyers. Pour elle construction équivaut à possession.

Au lieu d’une simple commande d’habit, la dame Marina, très maniérée, et Francesco, le couturier vantard, en sont venus à s’affronter avec des mots rimés dans un échange de discours grandiloquents tantôt graves tantôt comiques. Il s’agit d’une comédie bouffonne, une sorte de vaudeville dans laquelle le dialogue, à un moment de l’intrigue, a été chanté et dansé. Le rythme de la pièce a été rapide et soutenu en ne laissant aucun répit aux spectateurs. Les acteurs Manavi Happy Sossou et Guy Hounou se sont surpassés en donnant le meilleur d’eux-mêmes. Par moments, l’affrontement verbal devenait un affrontement des corps lorsqu’il tendait vers la sensualité. Les moments comiques ont suscité beaucoup de rires des spectateurs. Le personnage Francesco, qui se prend pour un artiste de la haute couture, a raconté ses déboires conjugaux avec son ex-épouse, qu’il aime toujours, que lui a arrachée son rival et voisin d’atelier, Donatien, un tailleur comme lui. Au cours de la querelle, Marina menaçait chaque fois d’aller chez son rival s’il ne voulait pas lui coudre la robe qu’il désirait. Et il l’empêchait de sortir de l’atelier.

L’atelier est restitué par un décor réaliste. Les trois côtés sont occupés par des vêtements et des tissus posés sur des étagères et des cordes. Une table de coupe, un escabeau et des tabourets serviront au jeu des acteurs. À l’avant-scène, au centre, se trouve la vieille machine à coudre. Un jeu s’effectue avec cette machine dès lors que son propriétaire doit remettre constamment le câble de la roue de règlement à sa place après quelques coups de pédale. Ce geste comique est un cinglant démenti au vantard qui se prétend grand couturier alors qu’il ne possède qu’une vieille machine déglinguée. Francesco et la machine à coudre forment un vieux couple de substitution à celui qu’il formait avec sa femme partie avec son amant. Ce jeu du mensonge s’est manifesté aussi avec Marina qui feignait la colère pour manifester son attirance pour Francesco avec sensualité. Elle souffre de la nostalgie de son père défunt et de la perte de la maison familiale, en réalité une maison de location. Les deux personnages en manque finiront par combler le vide qui les perturbe en fusionnant par le jeu de l’amour.
Il est un troisième et curieux personnage, le musicien, qui a été casé, assis, dans le coin cour du fond de la scène pour accompagner, à certains moments, les répliques des protagonistes avec son instrument, un harmonica. Il s’agit d’un personnage fantoche qui fait quasiment partie du décor. La mise en scène aurait pu se passer de ce personnage peu visible qui n’est jamais intervenu dans le jeu. En effet, la technique a accompagné l’action, au début, avec de la musique enregistrée. Si ce personnage de musicien est indispensable à la mise en scène, devait-il resté assis presque hors-scène ? Pourquoi ne pas en faire un complice des deux protagonistes en le mêlant à l’action même sans parole ? Il a même été dissimulé à certains spectateurs par un portemanteau sur lequel sont accrochés des habits.

En dehors de ce bémol, Hounou et Sossou méritent d’être encouragés. La maîtrise qu’ils ont imprimée à leur jeu plein de rythme face aux spectateurs, est l’expression d’une maturité qui mérite d’être soulignée pour servir d’exemple à la vague actuelle de la jeune génération des comédiennes et comédiens. Leur mimique a été très expressive pour souligner leurs propos et leur gestuelle, et même les silences. Le travail paie toujours quand on l’aborde avec un esprit professionnel. La comédienne et metteuse en scène Adjaratou Yérima qui a offert ce beau spectacle, a toujours retenu mon attention au point que je n’hésite pas, depuis un certain temps, à la montrer aux artistes de la scène comme un modèle.
L’auteur du texte, Samuel Wilsi, est demeuré égal à lui-même avec une écriture scénique remarquable en trouvant les mots justes pour semer la gaieté dans les cœurs avec cette comédie légère qui a duré 60 minutes.
Ayayi Togoata APÉDO-AMAH
Crédit photos: Joël Kokou DJAGBAVI