Marie Pabguigani LAMBONI (alias Pab’s), Félicité KODJO-ATSOU, Hanifa DOBILA et Roger ATIKPO dans Kaï Rematriation

Kaï Rematriation : un spectacle qui interroge sur les biens spoliés pendant la colonisation

Conception et mise en scène : Gaëtan NOUSSOUGLO et Marcel DJONDO Conseiller scientifique : Bernard MULLER Artistes : Hanifa DOBILA, Marie Pabguigani LAMBONI (alias Pab’s), Félicité KODJO-ATSOU et Roger ATIKPO Lumière : Petit Mawuko DUEVI-TSIABIAKU

L’association Togo Cultures et deux associations françaises, Compagnie Gakokoé et Curio, se sont fusionnées le temps de créer le spectacle Kaï Rematriation. Les artistes seront en résidence à Togo Cultures et à l’Institut Français du Togo du 16 au 23 mars 2026. La sortie de résidence est prévue au Magic Mirrors le 24 mars. Le spectacle est attendu à l’Espace Culturel Neva-Emé le samedi 28 mars 2026 à 19h30.

Présentation du projet

Kaï Rematriation explore la mémoire coloniale, racontée et mise en espace par des artistes togolais à partir d’une sélection d’objets. Le spectacle se veut une « restitution de mémoires » qui dépasse la simple remise physique d’objets spoliés pendant la colonisation. Le projet vise à restaurer la puissance d’évocation de ce patrimoine à travers des récits contemporains collectés sur le terrain.

Alors que la restitution patrimoniale institutionnelle consiste souvent à rendre aux États postcoloniaux des objets emblématiques (masques, trônes, regalia), la notion de rematriation propose un déplacement du regard. Là où la restitution opère à l’échelle diplomatique et juridique, Kaï Rematriation agit au niveau des savoirs situés, des pratiques ordinaires et des cosmologies locales — souvent féminines ou vernaculaires — effacées par le regard colonial.

Cette démarche engage une réparation qui ne se limite pas au geste matériel, mais inclut une dimension épistémique : celle de la reconnexion, du soin et du tissage de sens. Il s’agit de réintégrer les objets — en particulier les objets dits « mineurs » ou « ordinaires » — dans les contextes relationnels, affectifs et politiques qui les ont vus naître, être utilisés, transmis, puis arrachés.

La méthodologie

À partir d’une sélection d’objets identifiés dans les collections des trois anciennes métropoles coloniales du Togo (Allemagne, France et Royaume-Uni), nous entreprendrons un recueil de récits actuels portés par des femmes. Le processus de « rematriation » consiste ici à relier les objets de collection à leur évocation narrative contemporaine. La méthode repose sur la recherche-création et associe une enquête de terrain (collecte de récits mémoriels) à la création de spectacles de formes brèves (« Racontottes »). Ces récits seront mis en scène par Gaëtan Noussouglo et Marcel Djondo, portés par trois comédiennes-chercheuses et un musicien koraïste.

Kaï Rematriation avec Hanifa Dobila, Félicité Kodjo-Atsou et Marie Pabguigani Lamboni
Kaï Rematriation avec Hanifa Dobila, Félicité Kodjo-Atsou et Marie Pabguigani Lamboni

Résumé de Kaï Rematriation

Une kora grésille et sème le doute sur l’univers spatio-temporel. Elle dessine la cour royale, animée par les danses lestes de jeunes femmes s’amusant avec des images et des accessoires installés sur des cordes à linge. Puis, des cris mystérieux d’oiseaux se font entendre. Les « racontottes » s’enchaînent sur l’histoire de Julius Smend : ses rêves, son arrivée au Togoland et son installation à Misahöhe, dans la région des Plateaux. Face aux Agomé et aux Agotimé, peuples de guerriers, Smend impose les travaux forcés. Les accepteront-ils ? Au-delà de ce récit, se tissent en filigrane les conditions dans lesquelles les objets du Togoland se sont retrouvés dans les collections européennes. Entre réalité et fiction, ces histoires courtes plongent le public au cœur de la colonisation et posent l’épineuse question de la restitution.

Note de mise en scène

La Kora crépite et dessine une cour royale, comme dans le Mandingue. Les jeunes mères apparaissent en dansant sur une musique et une des chansons du Koraïste. Alors trois mères se rencontrent, s’installent, les mémoires s’ouvrent sur des parfums des objets du passé qui impactent le présent et l’avenir. Le visible côtoie l’invisible. Les femmes forment un seul corps, partagent les mêmes ressentis, les mêmes appréhensions. A l’image de l’oiseau mythique Ghanéen, Sankofa, elles tournent leur regard vers le passé colonial, parlent du présent ou les pays sont indépendants et du futur libérateur. Cette maïeutique permet de libérer la parole. Les récits prennent l’allure des Racontottes comtoises et de Akpalou ha : une transversalité et une interpénétration des cultures et des arts à travers des récits courts, des chansons s’imposent. La musique et les chansons fusent. Chaque racontotte est une forme vivante, incarnée, qui mêle témoignage, mémoire, émotion, savoir-faire, imaginaire. Les objets sont convoqués comme des chansons de circonstances des femmes dans le pays Ewé, « Akpalou ha ». Ces chansons parlent de l’histoire d’un homme, d’une femme ou d’une famille lors d’un rassemblement, d’une festivité ou d’un décès. Elles racontent, raillent, philosophent, dansent. C’est aussi le lieu de convoquer des mythes qui entourent chaque objet. Ainsi, à travers une scénographie modulable (scène frontale, en cercle, en arène et bi-frontale), l’histoire vogue comme des mots qu’on se jette d’un univers à l’autre, d’un continent à l’autre.  Dans les nuées de déferlement de mots et de musique, le silence devient éloquent. Les mondes s’ouvrent sur une réalité nouvelle : le devenir des objets.

Gaëtan NOUSSOUGLO

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