Guillaume Koffi Gbékou, directeur de la Compagnie Je Dois Réussir (JDR), est un jeune artiste de théâtre très entreprenant. Sa dernière initiative est la création du festival scolaire Allons faire du théâtre dans les écoles. Le lancement de cette fête du théâtre scolaire a eu lieu le 17 novembre 2025 à la Maison des Jeunes de Amadahomé à Lomé.

Du 17 au 21 novembre 2025, plusieurs établissements scolaires du cycle secondaire se sont affrontés devant un jury, des élèves, des parents, des professeurs et des artistes de théâtre. La compétition a réuni:
– le Lycée de Tokoin 1 qui a présenté Dambé, la fille du roi de Jean Kantchébé dans une mise en scène d’Achille Zossou;
– le Collège Tchona Academy qui a présenté À ne pas vendre de Rodrigue Norman mis en scène par Mohamed Bah-Traoré;
– le Lycée Agoè Nyivé Centre a joué La Réserve de Kokouvi Dzifa Galley mis en scène par Constantine Atandji;
– le Lycée Bè-Klikamé a représenté 33, rue des Bavards de Robert Silivi dans une mise en scène de Abdoul Razak Falana;
– le Lycée Adidogomé 2 a montré aux spectateurs Atterrissage de Kangni Alem dont la metteure en scène est Akouélé Yvette Messan;
– le Lycée Avédji Élavagnon a joué Ma rivale, la mitraille de Joël Ajavon, pièce mise en espace par Abdoulaye Digbérékou;
– le Lycée Adidogomé 1 a interprété Le Maître de l’Empire de Ayayi Togoata Apédo-Amah, dans une mise en espace de Fredy Agbogbo. C’est le Collège Tchona Academy qui a remporté le Premier Prix. Tous les spectacles ont été mis en scène par les étudiants de JDR qui sont allés encadrer les élèves dans les lycées.
Le festival s’est achevé par une remise de prix et la représentation professionnelle de La Dette du mort d’Ayayi Togoata Apédo-Amah par les étudiants de la Compagnie Je Dois Réussir. Belle initiative qui a permis aux élèves d’assister à une représentation théâtrale de haut niveau, la plupart pour la première fois de leur vie, selon leurs propres aveux.
Quelles leçons faut-il tirer de la première édition du festival de théâtre scolaire Allons faire du théâtre dans les écoles ?

Les leçons sont nombreuses au vu des potentialités révélées par beaucoup d’élèves dans la pratique de l’art théâtral. L’ouverture d’esprit de certains chefs d’établissements qui ont répondu favorablement aux sollicitations pour la participation au festival, mérite d’être soulignée, car certains, peu ouverts à la culture, n’y ont vu qu’une distraction inutile pour justifier leur refus. En réaction à cette attitude négative, Guillaume Gbékou, dans son discours de clôture, a invité l’État à faire du théâtre une discipline obligatoire dans toutes les écoles du Togo. Il a par ailleurs promis de soutenir tous les établissements scolaires présents au festival dans la pratique de l’art dramatique.
La faible visibilité du théâtre que beaucoup de jeunes découvraient pour la première fois, montre tout le chemin qui reste à parcourir. Il faut encourager la création de troupes de théâtre dans toutes les écoles. Les médias d’État doivent être mis à contribution pour augmenter cette visibilité, laquelle passe aussi par la présence personnelle des ministres de la Culture aux manifestations artistiques, car ils aiment la publicité de leurs actions et sont donc suivis par les médias d’État. Depuis les nombreuses décennies que je fréquente les espaces culturels comme spectateur et acteur culturel, je n’ai jamais vu un ministre de la Culture à ce genre de manifestation artistique. C’est fort regrettable et malheureux. Contrairement à tous nos pays voisins, la culture est délibérément négligée par le gouvernement. De plus, en général, la plupart des ministres qui occupent ce poste, n’ont aucune fibre culturelle. Dans ces tristes conditions, que peut-on exiger d’eux ? Dans d’autres activités culturelles comme les vernissages, les dédicaces de livres, la danse artistique, etc., on les cherche en vain.

La pratique de l’art au Togo est une grande souffrance pour tous ceux qui aspirent à vivre de leur art. Beaucoup d’artistes sont obligés de migrer pour gagner leur pain et entretenir une famille, dans l’indifférence totale de l’État. C’est scandaleux.
L’un des côtés positifs de ce festival consacré à la jeunesse, a été l’enthousiasme des jeunes scolaires tant au niveau de la présence – la salle de spectacle était toujours pleine – que du plaisir esthétique avec de nombreux applaudissements et bavardages intempestifs pour commenter les actions sur scène. Cette attitude perturbait la qualité de la réception en pleine représentation. Il reste à leur inculquer une éducation de spectateur. Le problème de la grande indiscipline de nos scolaires pose celui de la démission des parents au niveau de l’éducation parentale. Quant à la qualité esthétique des représentations, elle était tout simplement de niveau scolaire. Il ne pouvait en être autrement pour des novices après seulement trois semaines d’apprentissage. L’essentiel a consisté à planter en eux la graine du théâtre dont nous attendons la germination pour demain.
Ayayi Togoata APÉDO-AMAH
Une réponse
Bonsoir PROFESSEUR. C’est un pas louable qu’a fait M. Guillaume GBEKOU dans le cadre de faire connaître ce métier vieux comme le monde à la jeunesse scolarisée . Je parle de métier en indexant » LA PRATIQUE DU THÉÂTRE » car ce festival Scolaire , certainement, va inspirer et orienter ces apprentis-comédiens ou comédiennes aux métiers de la scène que ma génération et moi même ( Warapisse ARRONDAH) n’avions pas eu la chance d’écouter quelqu’un en parler puisque nous avons fréquenté que dans des fermes. Et les métiers dont on nous parlait ne sont que ceux de la fonction publique. Aujourd’hui,on nous parle de l’entrepreneuriat ou l’auto-emploi au travers les centres de formation de métier : couture ; coiffure ; menuiserie ; mécanique etc . Ces domaines sont très saturés de nos jours ; que l’état trouve ici ,le travail et les suggestions des diplômés de l’école supérieure , en MASTER PROFESSIONNEL THÉÂTRE ÉDUCATION ,de l’université de Lomé une aubaine en soutenant et insérant la pratique du théâtre dans les établissements scolaires. Cela peut restreindre le chaumage de ces tonnes de jeunes qui se retrouvent dans le monde active togolais,le baccalauréat à main mais sans perspective car constatant la saturation des métiers traditionnels que nous connaissons.
Warapisse ARRONDAH, Mastérant en Master Professionnel théâtre Éducation à l’université de Lomé.