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KANGNI ALEM ET L’ART DE LA NOUVELLE "LA GAZELLE S’AGENOUILLE POUR PLEURER" |
| 06.07.2010 | 01:08 • MIS A JOUR LE 08.07.2010 | 02:58 |
KANGNI ALEM ET L’ART DE LA NOUVELLE "LA GAZELLE S’AGENOUILLE POUR PLEURER"
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L’écrivain togolais Kangni ALEM est connu et admiré comme un auteur « engagé », dont l’écriture, depuis des années, essaie d’explorer les contradictions de la mémoire sociale de son pays. Le dramaturge talentueux que l’on sait ( Lauréat du Grand Prix Tchicaya U’Tamsi 1990, Grand Prix Littéraire d’Afrique Noire 2004), et metteur en scène a également fait ses preuves depuis longtemps. C’est cependant le nouvelliste qui me touche, l’auteur de La gazelle s’agenouille pour pleurer, recueil de douze(12) nouvelles dont je voudrais dire un mot. |
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Par Eloi Koussawo (photo)
L’écriture est avant tout un rapport singulier à l’intimité des mots
Ses récits, riches en mots-thèmes, ne sont pas seulement ceux d’un magnifique nouvelliste, mais également la traduction des sensations intérieures d’un homme dont l’engagement dans la vie dépasse de loin celui d’un simple observateur. Son langage a la chaleur d’un pacte de feu conclu entre le vécu et l’imaginaire : le réel et la fiction jouent constamment les vases communicants. Dans ce pacte d’échange de ressources, l’écriture alemienne devient Sensibilité –Sensualité. Le tragique et le comique font ensemble l’amour à l’écriture : une héroïne est matassée (violée), sans porter pour autant la « griffe de la honte et de la souillure » . Elle devient plus que jamais, le miroir de différentes images sociales qui sont transposables, transportables. Des images qui ont donc la rapidité d’une gazelle, en vertu d’une théorie bien épousée par l’auteur, et qui fait que « Tirana est transportable n’importe où, au Zaïre ou à Varsovie » , même à la « Place Tienanmen » en espace de dix (10) minutes. Voyages sporadiques sans réservations
De ce duel permanent naîtra une accoutumance, une réciprocité à l’exemple du « ventre ami des fesses », qui équilibre l’écriture ; qui permet à l’écrivain engagé de raconter des faits graves sur un ton désopilant : « Les militaires lui ont dit : hé chérie, ta chose-là même c’est doux, c’est chose de blanche, reviendrons dans dix jours » . Et Da Betta peut « au passage, gifler bruyamment le jeune homme qui compare, à haute voix, les poils de la matassée à des broussailles d’épines en feu » . La fameuse rumeur de vol de sexes
Dans cet univers « en plein délire » ou même « le suicide d’une poignée d’intellectuels ( en direct à la télé ) ne suffit guère à son évolution », l’écrivain s’interroge : « comment battre la campagne pour chasser les mythes ? » L’oppression se nourrit du silence et de l’inaction
A l’instant, le nouvelliste semble dire : « J’écris d’abord pour mon peuple » . Il s’adresse aux initiés en usant des expressions et noms tels que : « la danse du feu », « gazo », « piment-cabri », « planter le salut », « blessées de guerre », « battre la parole », « Sun Alvys », « Yosef » etc. Il ne sacrifie pas pour autant sa chère technique d’ubiquité : il demeure vigilant. L’écriture s’ouvre de nouveau aux souffles de partout en prenant presque naturellement, l’accent idoine : « T. avait laissé partir le bus 43. « Fori tri ! »… » . On voit là que Kangni Alem est bien inscrit dans son temps. Désormais, il peut également parler de cette ville où la course au logement pour une immigrée illégale relevait du miracle. L’écriture déploie finalement sa voilure d’équilibre, et l’auteur peut préciser : « Ecrire met en situation de chercher l’équilibre tout le temps, pour soi-même, pour ses personnages, pour ses lecteurs…le risque est grand de tourner en rond sans jamais atteindre l’essentiel, le risque est réel d’accumuler maladresses et malentendus suite au code choisi » . Kangni Alem maîtrise incontestablement ce art que voilà mentionné. Mieux, il nous présente le tableau d’une écriture mâture qui libère totalement la parole. Cette dernière progresse, elle semble dépasser la continence du « chercheur de Dieu » d’autrefois, elle brise les œillères et la muselière de l’enfant de dix ans qui avait « une idée fausse de l’amour », qui « ne savait pas ce qu’il fera de Lawanda » qui ne pourrait que « dire à toute l’école que (Lawanda) fait des choses avec Maître Robert » , le sémillant instituteur. Il peut à présent avouer avoir « fait l’amour à Pénélope » devant sa meilleure amie, « caresser les cuisses » de femme, « triturer le sexe à travers l’étoffe du pantalon » , sentir « l’odeur des doigts sous la robe d’écolière de Lawanda » . Kangni Alem dénonce l’hypocrite pudeur de notre société
Kangni Alem recrée la réalitéSi on considère la nouvelle comme « un récit généralement bref qui vise à l’intensité , qui cherche l’efficacité par l’économie » , alors le nouvelliste, fût-il réaliste, doit « recréer la réalité ». Il doit travailler le mot comme l’artiste malaxe la matière. Kangni Alem sait le faire merveilleusement, notamment dans Le cancer aux tropiques. L’histoire d’un dictateur mis en déroute qui débarqua chez son alter ego, avec la momie ( devenue puante ) de sa première femme. Cette histoire par exemple, au delà du bluff, (d’) une invention putrescente d’esprits mal tournés , est née d’un fait concret. Il montre sur un ton hilarant la fin humiliante d’un autocrate. Dans ce décor tropical, et comme pour y apporter sa touche d’humour « juste au moment où personne ne s’y attendait, Anansé cria pour demander silence. Il se leva, alla se mettre au milieu du wagon et, comme on dit chez lui, il s’oublia bruyamment, il lâcha un gros pet noir dont la fumée fit suffoquer frenchy et ses copains » . « Dire un mot » , avais-je annoncé ; je ne prétendrais donc pas à une vision exhaustive du recueil- loin s’en faut- , ni lui voler tous ses charmes. Voilà pourquoi La gazelle s’agenouille pour pleurer reste à découvrir. Par Eloi Koussawo Photos : G. Noussouglo |
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