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Roman
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Théo Ananissoh et "le nihilisme africain" |
| 09.02.2010 | 11:22 • MIS A JOUR LE 09.02.2010 | 11:27 |
Théo Ananissoh et "le nihilisme africain"
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Le titre renvoie au célèbre roman de Conrad : Au cœur des Ténèbres. Je ne sais pas si Théo Ananissoh l’a lu. Je ne sais même pas s’il est un admirateur de Conrad. Ce que je sais en revanche, c’est que les deux récits utilisent le prétexte du voyage pour soumettre leur personnage à un traitement, qui ressemble à une cure psychanalytique. Le voyage de Marlow sur le fleuve l’aide à méditer sur le mal ; celui d’Éric Bamezon, personnage principal des Ténèbres à Midi, en compagnie du narrateur dans une capitale africaine, le conduit à s’interroger dans une voiture au cœur de la nuit sur la manière dont nous tournons le dos à la vie. |
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Dieu est dans les détails : sans hausser le ton, usant de la litote, naviguant entre mélancolie et colère froide, Théo Ananissoh cerne notre relation au monde à travers l’alimentation, l’hygiène publique, l’érotisme, le paysage, la sensibilité florale, etc. Et à la fin du roman, le lecteur se retrouve en face d’une mosaïque, qui tout en pointillés, décrit le naufrage d’une civilisation. Car si Théo Ananissoh instruit à partir des faits quotidiens le procès des soleils des indépendances, il n’oublie pas de préciser que notre déshumanisation commence avec les roitelets nègres, au moment où ils vendaient l’homme à l’homme. Plutôt que de ressasser pour une énième fois la colonisation, Ananissoh invite à méditer cette conversation entre son narrateur et son personnage Éric Bamezon : " - Y - a-t-il dans notre passé des époques où l’homme a été - libre ? - Oui, ou digne - Aucune, fit-il, catégorique. "
Toute cette méditation grave et légère sur une vie digne s’opère chez Théo Ananissoh par le biais d’une écriture dépouillée, précise, avec une remarquable justesse de ton. Parce que " ne pas écrire juste, c’est mettre au jour une pensée morte ; c’est accoucher d’un enfant mort-né "(1). 1. Du Désert au livre , Edmond Jabès, Belfond, 1991, p. 71 Ténèbres à midi , Théo Ananissoh, Gallimard. Coll. " Continents noirs ", 2010, 13,90 euros. |
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